Le plein, s’il vous plaît
30 mai 2025Courage!
30 mai 2025Une entreprise familiale, c’est…
… lorsque les frontières s’estompent et que plus personne ne sait où s’arrête la famille et où commence l’entreprise. Et une entreprise familiale, c’est bien plus encore – pas seulement pour la famille, mais aussi pour les employés.
Une entreprise familiale, c’est
… lorsque l’apprenti emmène le chef d’entreprise chez le coiffeur dans la Mercedes de l’entreprise ;
… lorsque le chef d’entreprise se promène la nuit en pyjama sur les toits vitrés de la zone de production et contrôle les employés ;
… lorsque les voyages de vacances sont inévitablement aussi des voyages d’affaires.
Tout cela s’est produit en 100 ans de GKD, et pas seulement une fois. Beaucoup d’entreprises familiales connaissent de telles histoires. Elles semblent nostalgiques, parlent d’attachement, de responsabilité, d’éthique pure du travail, voire d’engagement jusqu’au sacrifice de soi. Helmut Cremer, qui a commencé chez GKD en 1964 et y est resté 40 ans, se souvient encore des dernières années passées avec Josef Kufferath : « Il se reposait toujours à midi. Puis il revenait en pleine forme et travaillait jusque tard dans la nuit ». Équilibre entre vie professionnelle et vie privée ? Josef Kufferath ne comprendrait pas ce que cela signifie.
Dr Stephan Kufferath le sait : « La famille est le plus grand ami et le plus grand ennemi de l’entreprise familiale ». Le flou complet entre l’entreprise et la famille fait que le bien-être de l’entreprise est toujours au centre des préoccupations. Mais le manque de distance peut aussi être malsain et engendrer des erreurs de jugement. Stephan Kufferath est quelqu’un qui a toujours transformé les voyages d’agrément en voyages d’affaires – ou inversement. « Cela a toujours été fluide », se souvient sa fille, Lara Kufferath. « Aujourd’hui, je sépare certainement beaucoup plus les deux univers ».
Une entreprise familiale, c’est
… lorsque vous travaillez pour l’entreprise depuis plus de 40 ans, votre femme depuis près de 50 ans et votre beau-père depuis plus de 50 ans ;
… lorsque vous refusez d’aller travailler dans une autre entreprise « simplement parce que vous pourriez gagner 50 marks de plus ailleurs » ;
… lorsque même l’épouse d’un employé déclare que la famille n’a pas toujours été la priorité absolue de son mari.
Tout cela a été dit et s’est produit en 100 ans de GKD, et pas seulement une fois. Peter Wirtz, dans l’entreprise depuis 1984, et Helmut Cremer sont représentatifs des nombreux collaborateurs de GKD qui ont leur propre définition de l’entreprise familiale. Leur histoire n’a pas tant à voir avec le fait que l’entreprise appartient à une famille, que la famille a le même nom que l’entreprise ou qu’ils connaissaient déjà le grand-père de la patronne actuelle. Leur histoire ne tourne pas autour des propriétaires, mais plutôt de leur rapport à l’entreprise. « Les collègues en poste de direction – que ce soit le directeur des ventes ou le directeur des ressources humaines – et moi étions littéralement fusionnels avec Gebr. Kufferath ». C’est ce que raconte Helmut Cremer (qui a fait passer l’entreprise avant sa femme, et pas seulement une fois). Et pour que tout le monde comprenne bien : « Tout le monde ici travaillait dur et vivait pour l’entreprise. C’était comme ça, c’est tout ».
Peter Wirtz utilise d’autres mots pour dire la même chose : « Nous considérions l’entreprise d’une certaine manière comme notre affaire. Oui, comme notre entreprise. Et cela a été le cas dans toutes les familles durant des décennies ». Peter Wirtz a commencé en 1984 par le calcul des offres. Aujourd’hui, il est Global Sales Director d’industrie & Filtration chez GKD. Son beau-père, qui travaille pour GKD depuis plus de 50 ans, a commencé comme serrurier avant d’être nommé responsable de la maintenance, puis de la production et finalement des ventes. « L’entreprise familiale Wirtz » inclut également la femme de Peter Wirtz, Ute, directrice des ventes et des applications, chez GKD depuis 48 ans. « Nous nous sommes toujours considérés comme des entrepreneurs au sein de l’entreprise », explique Ute Wirtz. « On se rend utile et on intervient en renfort. Et en s’investissant de la sorte, on peut également façonner les choses ».
Mais pourquoi fait-on cela ? Pourquoi s’engager ainsi à corps perdu dans une entreprise ? Dans de nombreux cas, parce que les frontières entre la famille et l’entreprise s’estompaient également chez les employés. Ute Wirtz se souvient : « Enfant, je barbotais déjà dans la piscine à la villa des Kufferath, j’appelais Aline grand-mère Line et je me souviens même très bien de la volière de Josef Kufferath avec ses oiseaux exotiques ». Son père, Wilhelm (Willi) Graff, a longtemps fait partie des principaux dirigeants de l’entreprise en tant que directeur de la production et avait débuté dans l’entreprise sous Josef Kufferath. Ute Wirtz ajoute : « Il y a toujours eu au sein de l’entreprise un esprit familial, des relations amicales. Aussi, lors de la crise dans les années 1990, nous sommes parfois intervenus en renfort le samedi ou nous avons même apporté nos propres stylos pour aider autant que possible ». En retour, la famille Kufferath a toujours traité les employés de la même manière. Peter Sautter, qui a rejoint GKD en 1984 suite à la reprise de « Dürener Metalltuch », est très conscient de cet esprit familial. « Chez Dürener Metalltuch, nous étions habitués à un style de direction très conservateur », se souvient-il, « mais chez GKD, c’était très différent. On avait des discussions d’égal à égal, nous avions des relations familières qui nous ont amenées, par exemple, lors d’un voyage professionnel à Paris, à louer pour tous un seul appartement de vacances dans lequel certains ont dormi sur le canapé ».
De telles histoires créent du lien. C’est le cas pour Adolf Peiffer, qui a pris sa retraite en 2021. Son père Heinrich était l’un des « collaborateurs fondateurs » en 1925. Et Adolf, dans les années 70, était l’apprenti qui conduisait régulièrement Aline chez le coiffeur dans sa Mercedes. Aujourd’hui encore, il prend soin de sa voiture et fait en quelque sorte aussi partie de la famille.
Une entreprise familiale est
… lorsque les bénéfices ne sont pas distribués, mais réinvestis dans l’entreprise ;
… lorsque les responsabilités sont assumées au-delà des portes de l’entreprise, à la fois dans la région et dans le secteur ;
… lorsque l’arbre généalogique assure sa propre succession.
C’est l’entreprise qui génère les bénéfices, donc les bénéfices doivent être utilisés pour l’entreprise. Peut-être pas complètement, mais en grande partie. C’est ainsi que l’on voit les choses dans la famille Kufferath, comme c’est le cas dans de nombreuses entreprises familiales allemandes (et contrairement à beaucoup d’autres sociétés anonymes). « Nous avons toujours eu une politique de dividendes très restrictive », explique Lara Kufferath. De cette manière, l’entreprise reste résiliente, assure largement son indépendance financièrement et peut toujours investir. Ce n’est pas le regard sur les cours de la bourse ou l’avis des analystes qui anime l’entreprise, mais sa propre philosophie familiale. Ou, comme le dit Lara Kufferath : « Je pense en termes de générations et non de résultats trimestriels ».
Elle ne pense toutefois pas en termes de générations lorsqu’il s’agit de la succession. Et on s’aperçoit surtout ici que le cliché de l’arbre généalogique qui règle tout n’est pas exact : « La succession est une opportunité qui se mérite et non une transmission des mères et des pères », précise Lara Kufferath. « C’est quelque chose que l’on doit aller chercher soi-même et mériter. Personne ne devrait être contraint d’assumer un tel rôle ». Elle a rejoint l’entreprise en 2019, mais était toujours présente les années précédentes aux réunions annuelles du groupe, d’abord en tant qu’invitée, puis en tant qu’animatrice de la discussion. D’année en année, elle devenait plus présente et inspirante pour tous les participants. Jusqu’à ce que l’une de ces personnes – qui ne faisait pas partie de la famille – dise qu’il était temps qu’elle quitte son employeur en Suisse, qu’elle intègre l’entreprise et qu’elle s’implique vraiment. Il n’était alors pas encore question du poste de CEO, et le conseil de surveillance voyait la succession d’un œil critique. « Un tel changement de génération ne se fait pas sans conflits ni tensions », dit Lara. La famille n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Et même si elle met tout en œuvre pour préserver et faire fructifier l’entreprise pour la génération suivante, elle ne se considère pas elle-même comme figée : « il faut toujours se demander ce qui est important pour l’entreprise. S’il s’avère que je suis la bonne personne pour continuer, alors tout va bien. Si ce n’est pas le cas, je dois aussi admettre que l’entreprise a peut-être besoin de quelqu’un d’autre ».
Tant que cela ne fait pas débat, elle poursuivra la démarche adoptée par l’entreprise familiale depuis 100 ans. Entre autres, elle se conçoit comme un acteur de la société qui participe à la vie politique, économique et publique et assume activement ses responsabilités à ce niveau. Depuis des décennies, GKD joue un rôle actif et assume des responsabilités à Düren ainsi qu’à l’échelle mondiale. Stephan Kufferath ne peut pas énumérer toutes les institutions et tous les comités au sein desquels il a été ou est toujours actif. GKD en a aussi largement profité. L’engagement entrepreneurial dépasse souvent les limites de sa propre entreprise – Lara Kufferath poursuit dans cette voie.
Une entreprise familiale, c’est
… lorsque ce lien n’est jamais rompu.
Ingo Kufferath s’occupe de la production, Stephan du marché. Cette répartition dans une constellation d’entreprise familiale extrêmement rare a duré quatre bonnes décennies. Ingo a commencé le 1er janvier 1983, Stephan le 1er mai de la même année. Les deux frères sont nés à seulement 10 mois et trois semaines d’intervalle. Ce faible écart d’âge, Ingo en parle depuis toujours sur le ton de l’humour comme étant la « German efficiency », également avec ses partenaires commerciaux. La symbiose entre son frère et lui a commencé très tôt et Ingo raconte une anecdote qui l’illustre bien : « Chez mon père, je tondais la pelouse et Stephan supervisait le travail ». Ils se sont mutuellement laissé faire parce que chacun d’eux connaissait les points forts et les talents de l’autre. Ingo Kufferath a quitté ses fonctions durant l’été 2023, un an avant son frère et après 40 ans à la tête de l’entreprise. Officiellement. En effet, comment est-ce possible de quitter l’entreprise familiale quand on est membre de la famille ? Lâcher totalement prise n’est pas une option pour Ingo et Stephan Kufferath. Tous deux sont aujourd’hui membres du conseil de surveillance et restent étroitement liés à l’entreprise. Ils mettent à disposition leur expérience lorsque cela est nécessaire, en tant que sparring-partners à des moments choisis, pas dans les affaires courantes. Et qu’en pense Lara Kufferath ? « J’apprécie d’avoir leurs numéros de portable et de savoir que je peux les appeler jour et nuit. Au Directoire, nous sommes tous reconnaissants de pouvoir nous appuyer sur cette expérience. Cela n’existe que dans une entreprise familiale ».