« La courbe d’apprentissage a toujours été raide » – Interview avec Ingo & Dr. Stephan Kufferath
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29 mai 2025Karl Kufferath-Kassner – Un portrait
Bien qu’il ne soit pas né Kufferath, il perpétue l’héritage de la famille. Grâce à ses compétences techniques, Karl Kufferath-Kassner ouvre de nouvelles perspectives à l’entreprise.
Karl Kassner naît quelques jours seulement après la fin de la Première Guerre mondiale. Il grandit à Aix-la-Chapelle avec sa cousine Aline Kipp. Les parents de celle qui deviendra Aline Kufferath sont décédés très tôt. Karl, de 13 ans son cadet, est comme un frère pour elle.
Après son baccalauréat en 1937, en pleine période du national-socialisme, Karl devient membre du parti national-socialiste des travailleurs allemands. Il commence des études de génie mécanique à Aix-la-Chapelle, puis à Berlin, mais il est contraint d’interrompre ses études, car il est mobilisé dans la marine de guerre. Stationné sur la côte française, il est fait prisonnier de guerre par les Américains après le débarquement allié de 1944. Jusqu’en mars 1946, il sera emprisonné dans différents camps aux États-Unis – où il apprend l’anglais.
À peine rentré, Josef Kufferath l’embauche dans l’entreprise à l’instigation d’Aline. Le jeune homme, doué pour la technique et fort d’une expérience à l’étranger, a pour mission de développer des métiers à tisser – un travail dans lequel il s’épanouit. Mais ce n’est pas tout : Josef et Aline accueillent Karl dans leur foyer.
En 1953, il construit sa propre vie, se marie avec Hildegard Voss, a deux fils – Ingo et Stephan – qui seront plus tard adoptés avec lui et porteront le double nom de Kufferath-Kassner.
Professionnellement, Karl est depuis longtemps bien plus que « le technicien de l’ombre » : il conçoit les fameux métiers à tisser FD2 qui permettent des tissages très fins. Il parvient bientôt à tisser des fils de moins de 0,05 millimètre, notamment pour l’aéronautique et l’aérospatiale.
Après le décès de Josef Kufferath, Karl Kassner est adopté par Aline en 1967 et prend d’abord la direction de Gebr. Kufferath avec elle. Sa passion reste la technique. « À la maison, nous avions l’habitude de parler de tissage », se souvient son fils Ingo. Ingo, lui aussi passionné de technologie, considère le développement de bandes de process tissées comme la plus grande réalisation pionnière de son père, une application qui n’existait pas auparavant et qui deviendra un domaine d’activité à succès.
Au sein du personnel, Karl Kufferath-Kassner fait figure d’autorité. Helmut Cremer, qui a rejoint l’entreprise en 1964 et est devenu par la suite fondé de pouvoir financier, déclare : « C’était une personne totalement respectée. Personne n’aurait osé invoquer une excuse facile. S’il y avait un problème quelconque, on l’abordait directement.
Mais Karl n’est pas seulement un homme qui s’exprime sans ambages, il sait aussi écouter avec intérêt. Dans la famille, on se souvient de son calme, de son ouverture d’esprit et de son intérêt réel. Souvent assis dans son fauteuil à oreilles, il parle de la guerre, de ses voyages, d’autrefois. Tout aussi souvent, il se contente d’écouter. Ses petits-enfants, la quatrième génération, aiment passer du temps avec lui et sa femme.
Sa propriété à Mariaweiler possède un immense jardin potager qu’il entretient avec une grande passion. Les petits-enfants aident à planter, à récolter, à casser des noix sur le banc devant la maison. Il offre à sa petite-fille Lara son premier appareil photo, lui explique la technique et la lumière, partage avec elle sa passion pour la photographie et l’encourage à suivre sa propre voie. « Tu peux tout obtenir si tu travailles pour cela », dit-il et ce que lui-même applique bien évidemment. Tous ses petits-enfants ont beaucoup de souvenirs comme cela. Les histoires sont différentes, mais similaires à bien des égards : elles parlent de confiance, d’encouragement et de dévouement.
Il transmet des valeurs telles que le travail acharné et la performance, soulignant aussi l’importance de faire confiance à son instinct et d’avoir le sens de l’entreprise pour saisir les opportunités. Ses actions sont également caractérisées par un grand sens de l’équité.
Lorsque ses fils Ingo et Stephan reprennent le flambeau en 1984, Karl se retire de la direction. Il se comporte de manière exemplaire lors du changement de génération et n’essaie pas de continuer à diriger l’entreprise en arrière-plan. Lorsqu’il se promène dans le service de production et que des collaborateurs l’abordent, il leur dit que ce sont ses fils qui sont désormais responsables de l’entreprise et peuvent répondre à leurs questions.
La France, où il a combattu autrefois comme soldat, devient pour lui un deuxième centre d’intérêt. Il se remet à apprendre le français et passe beaucoup de temps dans son appartement à Paris. Après son décès en 2015, il est enterré dans le caveau familial à Mariaweiler.