Une entreprise familiale, c’est…
30 mai 2025Courage!
Emboîter le pas à son frère et faire carrière dans l’entreprise familiale ? Ce n’est manifestement pas envisageable pour Josef Kufferath qui utilise son héritage pour créer sa propre entreprise.
L’époque est propice pour démarrer une activité de tissage métallique : depuis que le sidérurgiste Krupp a développé l’acier inoxydable en 1912, le secteur est en pleine effervescence. Les tréfileurs découvrent ce matériau, ce qui offre de nouvelles possibilités pour le tissage. Josef Kufferath fait partie de ceux qui ont décelé cette opportunité. À la place du bronze ou du cuivre, il souhaite utiliser un matériau inoxydable pour fabriquer des toiles tissées métalliques. Il envisage son activité dans le bassin minier rhénan, dans les environs de Düren, car les toiles tissées en acier inoxydable qui s’usent peu sont très intéressantes pour la déshydratation des boues de charbon. L’idée est née et Josef Kufferath saisit l’occasion. Cela paraît simple, mais il en fallait du courage ! En effet, Düren est située en Rhénanie et la ville est toujours sous occupation française après la Première Guerre mondiale. De plus, une frontière douanière sépare la Rhénanie du reste de l’Empire allemand depuis 1921, ce qui est défavorable au commerce. L’hyperinflation de 1923 a appauvri beaucoup de personnes, notamment dans les environs de Düren. Et jusqu’en février 1924, des séparatistes ont provoqué des troubles dans la région en réclamant une Rhénanie indépendante, occupant même la mairie de Düren. Peut-on parler d’environnement stable ? Pas vraiment !
Par expérience : tisseurs métalliques depuis des siècles
Le fondateur de l’entreprise, Josef Kufferath, ne s’est pas lancé tête baissée dans ce projet. Il est issu d’une famille de tisseurs métalliques, riche en traditions, depuis le 18e siècle : Johann Peter Kufferath (né en 1744) est le plus ancien fabricant de moules répertorié de la famille, qui se consacre aux cadres tissés en métal pour la fabrication de papier dans les papeteries en plein essor dans les environs de Düren. On recense les premiers moulins à papier à Düren au 16e siècle, puis leur nombre augmente très rapidement au 18e siècle. Les moules à papier de Kufferath imposent entre autres la création de filigrane, qui permet de savoir qui a fabriqué le papier. Les générations suivantes poursuivent l’activité du fabricant de moules et opèrent parfois également sous le nom de « Gebrüder Kufferath ». Plus tard, l’entreprise sera toutefois connue sous le nom d’« Andreas Kufferath ». Les petits-fils d’Andreas Kufferath, Karl et Richard Kufferath (senior), le père de Josef, sont inscrits au registre du commerce à partir de 1895.
À partir du XVIIIe siècle, des manufactures puis des entreprises industrielles se sont installées à Mariaweiler.
Enveloppe dans laquelle l’inscription au registre du commerce de Gebr. Kufferath est encore conservée aujourd’hui.
Le giron familial
Conformément à la tradition, le frère aîné de Josef Kufferath, Richard, prend les rênes de l’entreprise « Andreas Kufferath » en 1920. Josef, lui, a un objectif clair : « je vais imposer ma propre marque de fabrique ! ». Quand son père décède en 1922, il lui lègue auparavant plusieurs métiers à tisser et un tisseur métallique expérimenté. Josef entre ainsi dans l’entreprise A. & W. Feld à Düren, qui prend rapidement le nom de « Feld & Kufferath » et se lance dans une nouvelle activité : la fabrication de toiles tissées métalliques. On ne sait pas quand Josef décide de créer sa propre entreprise. Officiellement, Josef et son frère Richard Kufferath (junior) démarrent sous le nom de « Gebr. Kufferath », le 17 juin 1925, et s’installent sur un terrain proche de l’entreprise familiale à Mariaweiler, qui est encore actuellement le siège social.
La famille soutient et surveille le projet : Richard, qui dirige l’entreprise « Andreas Kufferath », n’apparaît certes jamais sur le plan opérationnel, mais suit incontestablement de près l’évolution. Il se fait informer par Joseph sur la marche des affaires de l’entreprise et contrôle ses prélèvements. Un an après la création de l’entreprise, la sœur de Josef, Anna, devient également associée et la mère de Josef, Gertrud, se porte garante de la participation de son frère mineur, Friedrich (« Fritz »). « Je ne pense pas qu’il s’agissait d’assistanat », explique Dr Stephan Kufferath. « La famille voulait sans doute avoir l’œil sur le jeune fondateur ». Josef profite sans doute aussi de l’entreprise paternelle sur le plan matériel, car il s’approvisionne en toiles tissées et en planches et profite aussi probablement des relations avec les fournisseurs.
Le chemin vers l’indépendance
L’exploitation démarre avec succès. Dès 1927, Josef Kufferath planifie la construction d’un nouvel atelier de fabrication, fait le plein d’offres et établit des devis détaillés. Un succès apparemment suffisant pour que Joseph saisisse l’occasion de quitter à nouveau courageusement le giron familial. Dès 1928, il vend ses parts dans l’entreprise paternelle à son oncle pour la somme de 60 000 reichsmarks. Cela lui permet probablement de rembourser ses frères et sœurs. Il est prouvé qu’il dirige seul la société Gebr. Kufferath depuis 1929. Mais une partie de l’accord stipule également qu’il ne peut pas fournir les fabricants de papier, donc qu’il ne peut pas faire concurrence à « Andreas Kufferath ». Pour Joseph et ses successeurs, cela n’a jamais été un problème : « Il y avait suffisamment d’opportunités et d’occasions pour les toiles tissées techniques et nous n’avons jamais manqué de courage », explique Lara Kufferath. Andritz Kufferath GmbH, le dernier nom de l’entreprise du père de Joseph, a fermé l’usine de Mariaweiler en avril 2025.