Les visionnaires viennent à Düren
26 mai 2025Utile à titre honorifique
27 mai 2025« C’était une heureuse coïncidence »
Dominique Perrault se souvient encore très bien de sa première visite chez GKD, il y a plus de 30 ans. L’architecte, qui était encore jeune à l’époque, a été accueilli par un drapeau tricolore flottant au vent.
Quand avez-vous envisagé pour la première fois d’utiliser la toile tissée métallique en tant qu’élément décoratif ?
Dans les années 1990, nous avons étudié la toile tissée à des fins architecturales dans le cadre du projet pour la Bibliothèque nationale de France (BnF). Avec Gaëlle Lauriot-Prévost, nous recherchions un matériau durable et surtout non inflammable. Nous avons contacté, les unes après les autres, les différentes entreprises de tissage, dont l’entreprise GKD.
L’utilisation de la toile tissée métallique en architecture était une idée totalement nouvelle à l’époque. Il n’y a pas eu de résistance ?
Comme la toile tissée n’avait jamais été utilisée en architecture auparavant, son utilisation a d’abord dû être validée par le client du secteur public. Nous avons réussi à convaincre la Bibliothèque nationale de France des qualités architecturales, esthétiques, techniques et fonctionnelles du matériau. Cela a ouvert la voie à la première utilisation de la toile tissée métallique en architecture. Gaëlle Lauriot-Prévost a alors conçu douze variantes différentes : pour les sols, les murs et les plafonds. Ces dessins ont ensuite été intégrés à la collection du Centre Georges Pompidou en tant qu’œuvres de référence.
Qu’est-ce qui, à l’époque, vous a convaincu de choisir GKD comme partenaire pour le projet de la BnF ?
La rencontre avec GKD a réuni les générations, au bon moment. L’année même où nous avons reçu la commande de la Bibliothèque nationale de France, le mur de Berlin est tombé. Pour GKD, cela a signifié une période de bouleversements : l’ensemble de la structure commerciale et du développement a été réorganisé. Chez nous, c’était l’inverse. Nous étions dans une phase de renouveau, portée par les grands projets publics sous François Mitterrand. C’était une heureuse coïncidence : d’un côté, une entreprise qui voulait se réinventer en Europe, de l’autre, des architectes qui ont pu réaliser des projets internationaux grâce à la politique architecturale ambitieuse de Mitterrand.
Vous souvenez-vous de votre première visite à Düren en 1993 ? Qu’avez-vous pensé de ces tisseurs métalliques de la province allemande ?
Nous nous souvenons encore très bien de notre toute première visite, notamment du drapeau français qui flottait à notre arrivée à l’usine. C’était un moment symbolique, et en même temps, un geste chaleureux et touchant. La visite de l’usine était impressionnante, en particulier l’aperçu des ateliers de formation. Bien sûr, nous avons vu d’innombrables métiers à tisser, mais ce qui nous a le plus impressionnés, c’est la manière dont l’entreprise se présentait : avec l’accent clairement mis sur la recherche et une étonnante variété de toiles tissées, même si à l’époque, celles-ci étaient utilisées à des fins purement industrielles et n’étaient pas destinées à des applications architecturales.
La collaboration avec GKD se poursuit encore aujourd’hui et a donné lieu à de nombreux projets. Quelle est, selon vous, la spécificité de ce partenariat ?
Dès le début, notre collaboration était basée sur la confiance et la loyauté, entre une entreprise industrielle et un architecte. Chaque fois que nous avons eu besoin d’aide en matière de recherche et de développement pour de nouvelles applications avec des toiles tissées métalliques, GKD a été là. L’entreprise a repris nos dessins et créé des éléments en toile tissée qui correspondaient parfaitement à notre vision architecturale. Nous avons toujours maintenu un dialogue ouvert concernant les exigences conceptuelles, les applications architecturales prévues et la mise en œuvre industrielle par GKD. On avait l’impression que GKD était une sorte de laboratoire architectural.